Immigration : le Canada cible les travailleurs du secteur agroalimentaire

Un nouveau programme pilote, testé pour trois ans à partir de début 2020, devrait permettre à environ 16 500 immigrants d'obtenir la résidence permanente.

Avis aux bouchers, aux ouvriers agricoles dans la serriculture ou encore aux travailleurs spécialisés dans l'élevage tentés par la perspective de démarrer une nouvelle vie outre-Atlantique : le Canada vient de se doter d'un levier supplémentaire pour "attirer et retenir les travailleurs en leur offrant la possibilité de devenir des résidents permanents". Un Programme pilote sur l'immigration agroalimentaire, destiné à combler ses besoins en main d'oeuvre dans le secteur (en particulier dans les domaines de la transformation de la viande et de la production de champignons), sera en effet testé à partir de début 2020 et ce, pour une durée de trois ans.

Pour le gouvernement fédéral, il s'agit d'une "nouvelle approche" dans un secteur qui s'appuie "en grande partie sur des travailleurs saisonniers". "La réussite de nos agriculteurs et transformateurs d'aliments du Canada repose sur leur capacité à recruter et à maintenir en poste la main-d'oeuvre dont ils ont besoin pour profiter des débouchés au pays et à l'étranger, a justifié Marie-Claude Bibeau, ministre de l'Agriculture et de l'agroalimentaire. Ce programme pilote aidera à faire en sorte que les employeurs du secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire aient les personnes dont ils ont besoin pour effectuer le travail, contribuer à stimuler notre économie et nourrir la planète." Rien que ça... 

2 750 dossiers traités par an

Pour pouvoir prétendre à ce dispositif, le candidat devra justifier de douze mois d'expérience de travail canadienne non saisonnière à temps plein au titre du Programme des travailleurs étrangers temporaires dans une profession admissible dans le domaine de la transformation de la viande, de l'élevage de bétail, de la production de champignons ou de la culture en serre. Le postulant devra également posséder un diplôme d'études secondaires ou de niveau supérieur ainsi que le niveau 4 des Niveaux de compétence linguistique canadiens (NCLC), en anglais ou en français. Enfin, il lui faudra une offre d'emploi pour un poste à temps plein de durée indéterminée non saisonnier au Canada, ailleurs qu'au Québec. 

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Le ministère de l'immigration a prévu d'accepter au maximum 2 750 dossiers par an, sans compter les membres de la famille du demandeur. Au total, au cours des trois années d'expérimentation, environ 16 500 nouveaux résidents permanents devraient être accueillis grâce à ce programme, qui vient compléter le panel de voies spécifiques d'accès au visa permanent.  

La "stratégie d'immigration économique" du gouvernement canadien s'articule en effet autour de plusieurs dispositifs (notamment le Programme des candidats des provinces, le Programme pilote d'immigration au Canada atlantique ou encore le Programme pilote d'immigration dans les communautés rurales et du Nord) qui ciblent les besoins géographiques et sectoriels du pays. 

Un secteur économique phare

Les représentants du monde agro-alimentaire n'ont d'ailleurs pas manqué de saluer l'initiative. "L'agriculture canadienne et l'industrie des champignons ont enfin leur propre accès à l'immigration canadienne", s'est réjoui Ryan Koeslag, vice-président exécutif de l'Association des champignonnistes du Canada. "Ce programme pilote - qui permet de déceler les pénuries de main-d'oeuvre dans le secteur de la serriculture - aidera à développer les talents, à retenir les compétences et à soutenir la croissance sectorielle dans le pays", a réagi de son côté George Gilvesy, président d'Ontario Greenhouse Vegetable Growers.  

Au Canada, 1 emploi sur 8 relève de l'agro-alimentaire et ce secteur contribue pour une grande part à la croissance du PIB. En 2018, les exportations agricoles du pays ont d'ailleurs atteint une valeur record de 66,2 milliards de dollars. Le Ceta - cet accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne qui vise à éliminer la quasi-totalité des droits de douane entre les deux marchés, et qui a été ratifié fin juillet par l'Assemblée nationale malgré une forte controverse - n'est sans doute pas étranger au lancement de ce programme pilote d'immigration. 

 

Le Ceta devrait en effet donner un coup de fouet à l'industrie agroalimentaires du pays. Selon l'Alliance canadienne du commerce agroalimentaire (ACCA), l'accord de libre-échange devrait en effet générer pour le Canada des retombées économiques de 1,5 milliard de dollars en nouvelles exportations agroalimentaires, dont 600 millions de dollars pour le boeuf, 400 millions pour le porc, 100 millions en céréales et oléagineuses à grains, 100 millions en produits de l'industrie du sucre, et plus de 300 millions en aliments transformés et fruits et légumes. 

 

Source: Radio Canada

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